Le 6 janvier 2016, un café branché de Jakarta devient la scène d’un drame macabre. Wayan Mirna Salihin, 27 ans, s’effondre après avoir bu un café glacé vietnamien commandé par son amie Jessica Kumala Wongso. Le café contenait-il du cyanure ? (Re) Découvre l’affaire qui a
secoué l’Indonésie et passionné le monde entier.
Une amitié née à Sydney
C’est en 2007 que Mirna et Jessica se rencontrent à Sydney (Australie). Elles y sont étudiantes et deviennent de bonnes amies. Mirna est décrite comme souriante et chaleureuse. Jessica, plus réservée, semble trouver en elle une amie rassurante.
Après leurs études, Mirna rentre à Jakarta, son pays d’origine et capitale de l’Indonésie (capitale qui sera définitivement transférée courant 2028 à Nusantara). De son côté, Jessica reste à Sydney et obtient dans les mois qui suivent la nationalité australienne.
Les deux jeunes femmes, malgré la distance, conservent leurs liens et c’est à 3 reprises que Mirna se rend en Australie. Aussi bien pour revoir Jessica que d’autres amis qu’elle a pu côtoyer au cours de ses études.
Mais avant d’avancer plus loin dans le déroulé de cette histoire tragique, faisons un petit tour de portrait plus poussé des deux principales protagonistes de l’affaire.
Wayan Mirna Salihin
Née le 30 mars 1988 à Jakarta, Mirna était issue d’une famille aisée et avait une sœur jumelle, Sandy. Elle a eu une enfance heureuse au sein d’une famille soudée et c’est très tôt qu’elle a su qu’elle souhaitait devenir graphiste.
Elle a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires en 2007. Dans la foulée elle a intégré le Billy Blue College of Design de Sydney, école de design très réputée en Australie. Là-bas, elle se fait facilement des amis, dont Jessica et Honi (elle arrivera plus tard dans l’histoire, tu verras). Ils formaient un groupe convivial qui se réunissait souvent pour étudier et sortir faire des activités.
De retour dans son pays natal, elle a obtienu un travail de graphiste dans lequel elle s’épanouissait. Elle était aussi fiancée à son compagnon de longue date et rencontré en Australie, Arief Soemako. Fiancé qu’elle a épousé en grandes pompes quelques semaines avant son décès.
Tout roulait pour elle quoi.
Jessica Kumala Wongso
Tout comme Mirna, elle est née en 1988, est issue d’un milieu très favorisé et a étudié le graphisme au Billy Blue College of Design de Sydney. Après ses études, comme précisé plus haut, elle décide de rester en Australie, en devient résidente permanente et est embauchée comme graphiste aux Ambulances de Nouvelles-Galles du Sud.
C’est à peu près les seules informations intéressantes que nous avons pu obtenir concernant Jessica. A-telle des frères et sœurs ? Son enfance a-t-elle été facile ? Quels sont ses rapports avec sa famille ? On n’en sait rien.
Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’une fois seule à Sydney, Jessica commence à dériver sérieusement.
Et non tu n’en sauras pas plus pour le moment, sinon c’est du spoil. Ça suffit cet empressement là, dis-donc !
Le déjeuner de la discorde
Lors du dernier séjour de Mirna sur le territoire océanien en 2015, elle et Jessica se retrouvent afin de déjeuner ensemble.
Jessica se confie sur sa relation toxique avec son petit ami de l’époque, Patrick O’Connor. Elle le décrit comme étant toxicomane, alcoolique et violent. Cela inquiète Mirna qui, connue pour son franc parler, la met en garde : il n’est pas fiable, elle ferait mieux de le quitter.
Jessica est blessée par les propos de son amie. Elle ne comprend pas sa fermeté. Elle se sent jugée. C’est ainsi que sans crier gare elle quitte brutalement la table, ne prenant même pas la peine de payer sa part.
Bon ok, là c’est pas cool mais Jessica nous a fait une tempête émotionnelle, elle était pas vraiment en état de se préoccuper de l’addition.En rentrant en Indonésie, Mirna se livre à son futur mari. Elle ne souhaite plus voir Jessica en tête-à-tête. Elle trouve son comportement « bizarre » et être seule avec elle la met désormais mal à l’aise.
Tu m’étonnes…
Attends de lire la suite pour comprendre.
Le mariage à Bali
En novembre 2015, soit quelques mois après ce fâcheux évènement, Mirna et Arief se marient à Bali après une décennie de relation.
À cette période, Jessica et Mirna ne se sont pas vraiment réconciliées et la mariée n’a pas souhaité inviter son amie à cette célébration d’une vie. Cependant (c’est pas finaud, finaud) les filles ont des contacts en commun et c’est au détour d’une publication sur les réseaux sociaux que Jessica découvre que le mariage s’est déroulé. Sans elle.
Glups.
Rien de très clair n’est relaté sur l’après de cette découverte. On ne peut que deviner que Jessica a dû ressentir de la colère et de la déception. Sans doute a-t-elle vécu la situation comme un rejet de la part d’une personne pour laquelle elle avait beaucoup (trop ?) d’attachement.
Il semblerait que Jessica ait confronté Mirna sur le sujet. Cette dernière aurait dans un premier temps nié, assurant qu’elle lui avait envoyé un faire-part. Et devant l’insistance de Jessica sur cette éviction, elle aurait fini par reconnaître qu’elle ne l’avait pas conviée suite à leur accrochage qui avait distendu leur lien.
C’est pas très franc du collier tout ça. Mais c’est une info qui n’a pas pu être vérifiée auprès de sources fiables, alors on reste prudent avec ça.
Quoi qu’il en soit, huit semaines après, les deux amies se retrouveront dans un café à Jakarta. Rencontre qui sera fatale à Mirna.
Le drame du café Olivier
Nous voilà donc ce fameux et terrible 6 janvier 2016. Jessica, Mirna et Hani ont décidé de se retrouver au alentours de 17h pour un moment convivial de retrouvailles au café Olivier. Plus précisément, l’établissement est situé au sein d’un centre commercial haut de gamme de Jakarta.
Il est 15h30 lorsque Jessica arrive au point de rendez-vous. Elle a donc 90 minutes d’avance. Les caméras de surveillance la montrent entrer. Elle réserve une table située en fond de salle, la n°54, puis ressort du lieu 2 minutes après.
À 16h14, elle est de retour, mais cette fois-ci elle porte 3 sacs d’une même enseigne qui contiennent des gels hydroalcooliques qu’elle envisage d’offrir à ses amies. On note d’ailleurs que par rapport à la taille des contenus (les gels), les contenants (les sacs) sont plutôt grands.
Jessica s’installe à l’espace n°54 réservé plus tôt et dispose les trois sacs sur la table puis se rend au niveau du bar. On la voit de longues minutes observer avec attention l’environnement.
On aurait pu penser qu’elle prenait le temps de choisir une table (théorie exprimée par certains) mais pour avoir vérifier les faits avec précision, la réservation était effective et elle s’est indiscutablement installé à la table avant d’aller au bar. En vue du contexte mortel de la scène à venir, son attitude laisse place à l’idée qu’elle étudie l’agencement des lieux et le placement des caméras de surveillance.
C’est toujours positionnée au niveau du bar qu’elle commande les boissons pour toutes les trois, dont un café glacé vietnamien pour Mirna qui en raffole. Elle règle la note et se rend à la table choisie. Une assez grande table ronde avec une jolie banquette quasi englobante.
Ok, donc elle commande une boisson glacée avec près d’1h d’avance avant l’arrivée des copines. Mouais, déjà là c’est une décision qui chagrine. Qui a envie de boire un truc avec les glaçons complètement fondus et censé être bien froid ? Bof… Donc il est légitime de se poser cette question : pourquoi un tel empressement ?
À 16h24, le serveur amène les boissons qu’il dispose sur la table. Jessica est assise au centre de l’arc de la banquette (au milieu quoi) et repositionne les sacs qui sont disposés de telle façon que ni le personnel, ni les autres clients, ni les caméras ne sont en capacité de voir ce qu’il s’y passe. Seule la tête de Jessica est visible.
Nouvelle question : ce geste est-il le fruit d’un pur hasard ou d’un acte volontaire ?
Ce que délivrent les vidéos durant les longues minutes où Jessica attend ses amies, c’est de mauvais pixels. Nous la voyons s’agiter à un moment. Elle déplace le menu, traficote on ne sait quoi, redispose les verres.
À 17h14 Mirna et Honi arrivent à l’Olivier. Une fois devant la table, elles se font des accolades pour se saluer puis s’assoient. Si on se positionne face à l’emplacement, Jessica est assise sur la droite ; Mirna et Honi s’installent sur le côté gauche de la banquette, Mirna ayant opté pour la place du fond.
Le trio discute quelques secondes et Mirna prend, à l’aide d’une paille, une grande gorgée de son café. Instantanément elle se plaint du goût horrible de sa boisson. On peut la voir agiter la main devant sa bouche en guise de dégoût.
Interloquée, elle propose à Honi de goûter. Ce qu’apparemment elle fait en prenant une minuscule gorgée et confirme que ce n’est vraiment pas bon. Quant à Jessica, elle refuse de tester. Durant toute cette scène, Mirna ne cesse d’agiter sa main.
C’est moins d’une minute après avoir bu de son café que Mirna commence à souffrir de convulsions. On la voit rejeter la tête en arrière, le corps raidit. Honi inquiète et confuse, commence à crier son nom comme pour la ramener à un état normal.
Le personnel de l’Olivier, alerté par les cris de Honi, est très réactif. Plusieurs personnes, dont la gérante, se rendent auprès d’elle afin de lui venir en aide. Mirna reste consciente durant tout ce temps, malgré les convulsions et désormais la mousse qui s’échappe de sa bouche.
À ce stade, tout le monde est persuadé que la jeune femme souffre d’une crise d’épilepsie. Tous. Hormis Jessica qui, placide face à la scène, demande à plusieurs reprises au personnel ce qu’ils lui ont mis dans son café. Cette question ne manque pas d’alerter la gérante qui demande discrètement à l’oreille de l’un de ses employés de récupérer la boisson et de la mettre de côté.
Mirna est assez rapidement emmené à l’hôpital Abdi Waluyo situé dans le centre de Jakarta. À son arrivée, elle est déjà inconsciente et les médecins vont tout mettre œuvre pour la sauver lorsque ses constances vitales s’effondrent.
Malheureusement, Mirna, 27 ans, est officiellement déclarée décédée ce 6 janvier 2016 à 18h30, soit à peine plus d’1h après avoir ingéré son café vietnamien.
L’enquête et les premiers soupçons
Les heures et jours qui suivent la mort de Mirna restent flous. Si dans un premier temps le cas est considéré comme accidentel, l’interrogatoire du personnel du café Olivier pousse la police à examiner les faits de plus près.
Ainsi, le 9 janvier 2016, une autopsie du corps de la victime est demandée. Et là, c’est la douche froide : la famille refuse l’acte médical pour raisons religieuses. En effet, comme la majorité des Indonésiens, elle est de confession musulmane. L’autopsie est objectée car l’intrusion corporelle viole le caractère sacré de la préservation du corps humain dans son intégralité.
Tututut, pour certains je vous vois venir. Pas de jugement sur cette décision à caractère religieux, merci de respecter la foi de chacun.
L’examen médical reste donc restreint. Ce qui n’empêche pas le médecin légiste de constater la corrosion de l’estomac de Mirna, une bouche noire et un prélèvement qui relève la présence de cyanure dans son liquide gastrique.
En parallèle, les enquêteurs ont récupéré les témoignages des personnes présentes à l’Olivier. Ceux des serveurs et de la gérante se recoupent sur l’aspect étrange de l’attitude de Jessica : sa commande précoce au bar, son attente seule et cachée à la table, son manque de réaction lors de l’épisode des convulsions (à noter que Hani était en pleurs et hystérique) et surtout cette question répétée « Que lui avez-vous mis dans son verre ? ».
Les vidéos de surveillance sont dans la foulée récupérées pour un examen approfondi. Chaque fait et geste de Jessica y sont analysés. De sa première arrivée au départ en chaise roulante de Mirna pour l’hôpital.
Il est intéressant de souligner que de son côté, la famille de Mirna, dont son époux, a très vite porté ses soupçons sur Jessica. Nous n’avons cependant aucune donnée qui nous permette de savoir pourquoi. On sait juste que c’est ce qu’ils ont déclaré immédiatement après le drame.
Pour terminer, le café bu par Mirna a été lui aussi analysé et les résultats sont alarmants : il y a été trouvé 298 mg de cyanure, une quantité presque suffisante pour tuer un buffle.
C’est dans ce contexte que le 30 janvier 2016, Jessica est arrêtée et accusée du meurtre avec préméditation de son amie. À partir de ce moment, elle ne cessera de crier son innocence.
Le profil psychologique de Jessica Wongso
Plus avant, nous avons rapidement évoqué la vie de l’accusée. Mais ici, le but est de s’intéresser en profondeur à son passé pour tenter de dessiner son profil psychologique.
Oui, tout à fait, on va faire de la psychologie de comptoir !
Pour cela, il n’y a pas à remonter très loin puisque Jessica a commencé à montrer ses premiers vrais signes de fragilité au début des années 2010. Et ils sont nombreux.
Tout d’abord, elle se met en relation avec un homme instable, le fameux Patrick O’Connor. Il se drogue, il boit, il est violent. Malgré tout, Jessica tient à cette relation et comme nous l’avons vu, elle en refuse même la critique.
C’est sans doute cette idylle toxique qui est à l’origine de sa descente aux enfers. Si jusque là elle se maintenait sur le plan psychologique, à ce moment elle perd complètement pieds, boit de façon excessive et son comportement s’ouvre à l’agressivité et la paranoïa.
C’est sans conteste la patronne de Jessica, Kristie Carter, des Ambulances de Nouvelles-Galles du Sud, qui apportera le meilleur éclairage sur son état mental au quotidien. Elle se montrait apparemment colérique et provocante. Son côté sombre si effrayant, contrastait avec la personne qu’elle pouvait être au travail.
Jessica avait aussi des idées suicidaires. On lui dénombre quatre tentatives de suicides, dont les moyens sont inconnus. Plus une cinquième tentative : ivre au volant de son véhicule, elle a foncé dans le mur d’une maison de retraite. Elle s’en est tiré avec quelques égratignures et une côte cassée, sans compter une condamnation pour conduite en état d’ébriété.
La colère grandissante de Jessica s’exprime pareillement sur le plan personnel, car à la suite de sa rupture avec Patrick elle vrille littéralement. Elle est soupçonnée de lui avoir crevé les 4 roues de sa voiture, à la suite de quoi elle reçoit une injonction d’éloignement.
Pour que le gars demande cette injonction, c’est qu’il a dû sévèrement flipper… ou alors vouloir la faire chier. Au choix.
Dans tout ce bourbier, Jessica se retrouve de plus en plus seule. Et pour couronner le tout, elle se fait virer des Ambulances des Nouvelles-Galles du Sud.
Plus rien ne la retient en Australie, mais elle ne dit rien de sa situation à ses amis ainsi qu’à sa famille. Dans le désarroi le plus complet, elle décide de rentrer à Jakarta. Personne n’est prévenu et elle ne prend qu’un billet aller. Pas de retour prévu.
On voit bien que Jessica a peu à peu sombré dans une spirale infernale. On peut penser que c’était une jeune fille torturée depuis l’enfance ou l’adolescence. Malgré tout, elle a très bien su cacher son mal-être, bien que parfois elle laissait place à une certaine impulsivité.
Cette impulsivité n’était pas comprise par son entourage. Elle détonnait avec son attitude souriante et avenante. Jessica avait réussi ses études, avait des amis, un travail. Personne ne s’attendait à ce qu’elle soit aspirée par une telle détresse.
La seule personne qui, à notre connaissance, lui a fait part de ses inquiétudes et donné des conseils avisés a été Mirna à qui elle a tourné le dos. De même, sa patronne qui s’était montrée présente lors de ses TS a reçu en retour des menaces de mort de sa part.
En toute objectivité, Jessica ne souffre sans doute pas de maladie psychiatrique. En revanche, elle est sûrement atteinte d’un trouble psy qui pourrait par exemple être de l’ordre d’un trouble borderline à la vue des données que l’on a.
Le procès médiatique
Le procès de Jessica Wongso s’ouvre en juin 2016 et dure 5 mois. Il est très attendu. De plus, il est transmis en direct (et rediffusion) à la télévision indonésienne.
Oui, oui, les indonésiens se sont passionnés pour cette affaire et ont sorti les pop-corn à chaque diffusion.Véridique. Le score élevé des audiences en atteste.
Cette partie s’avère assez difficile à relater car ce procès part dans tous les sens. Les expertises sont légères et contredites. La défense avance des théories lunaires et l’accusation ne dispose que de preuves circonstancielles dont certaines discutables. Du coup, nous en aborderons les grandes lignes, sans entrer dans des détails qui nous perdront.
Déjà on précise à nouveau que Jessica se déclare innocente. Quant à la famille de Mirna, la police et la justice, elles sont convaincues de la responsabilité de l’accusée dans ce meurtre. Du côté du « peuple », la caste des riches la défend de toute accusation, tandis que celle des pauvres la charge.
On rappelle aussi qu’il n’y a aucune preuve directe à son encontre. Uniquement des preuves circonstancielles : les vidéos pixelisées, la vue cachée et les témoignages de comportements et non d’actes.
Cyanure ou pas cyanure ?
La preuve à laquelle la défense s’oppose avec le plus de ferveur est la présence de cyanure dans le corps de Mirna. Si tu te souviens, il n’y a pas eu d’autopsie et ce choix fait par la famille, qui au passage réclame la peine de mort, fout un sacré bordel dans la fourmilière.
D’abord parce qu’il y a eu un premier prélèvement du liquide gastrique 70 minutes après le décès de la victime et que les résultats n’ont rien révélé d’anormal.
Ensuite, parce que lors du second prélèvement effectué 3 jours après, à la demande de la police, le médecin légal décèle des anomalies qui le font penché pour un empoisonnement au cyanure, mais là aussi c’est chaotique, car la dose retrouvée est de 0,2 mg (une broutille).
Pour tout savoir, la dose létale se situe entre 170 et 250 mg. Pour Mirna qui était un petit gabarit, il n’en fallait pas le max. Mais 0,2 mg… c’est WTF.
Alors, à ce niveau, 2 théories s’offrent à nous :
– Soit les 0,2 mg sont un taux normal pour chaque humain et Mirna n’a donc absorbé aucun poison.
– Soit après 3 jours le taux a diminué naturellement pour presque disparaître.
De mon côté, et c’est pas faute d’avoir tenté de comprendre ce maudit puzzle, je n’ai pas trouvé d’info sur le comportement d’un taux de cyanure après un décès. Juste le numéro de SOS suicide, Google s’est inquiété pour moi.
Mais n’omettons pas la présence de corrosion dans l’estomac et notamment les 298 mg retrouvés dans le verre.
Évidemment, la défense s’acharne avec ce taux clairement bas, preuve toxicologique pour elle qu’il n’existe aucune ingestion de cyanure. Elle fait venir des experts indonésiens et australiens qui appuient la théorie selon laquelle Mirna n’est pas morte d’un empoisonnement au cyanure.
Voici d’ailleurs ce qu’à affirmé le Dr Djadja Surya Atmadja, médecin légiste de l’Université d’Indonésie, aux juges : « Mirna n’est pas morte d’une intoxication au cyanure, même si son liquide gastrique contenait 0,2 mg de cyanure. La présence de cyanure dans le liquide gastrique est normale, car cette substance est courante dans l’environnement. C’est pourquoi Dieu nous a donné l’enzyme rhodanèse pour le neutraliser», avant d’ajouter qu’une petite partie de ce poison ne pouvait pas tuer.
Ça se tient, on ne peut pas le contredire.
A contrario, les experts de l’accusation vont défendre une analyse trop tardive mais surtout le fait qu’on ait retrouvé une forte dose dans le verre et qu’une seule grosse gorgée aurait pu lui être fatale.
Nous sommes là dans une situation où l’on se mord la queue. Chacun peut avoir raison ou tort, nous le commun des mortels ne sommes pas en capacité d’apporter notre pierre à l’édifice sur ce point scientifique. Nous ne pouvons qu’accorder du crédit à l’une ou l’autre des théories selon notre ressenti.
Perso, j’ai déjà ma p’tite idée. Sûre que tu sais à quoi je pense, haha !
Preuves vidéos insuffisantes ?
L’autre partie qui porte à débat est l’analyse des vidéos des caméras de surveillance. Non seulement la qualité est à faire saigner les yeux, mais en plus on ne voit absolument rien de compromettant de ce qui peut se passer sur la table après l’arrivée des boissons.
Tout ici est sujet à interprétation. Pour comprendre où je veux en venir, le mieux c’est d’une part se placer du côté de l’accusation et de l’autre du côté de la défense.
Vision de l’accusation :
– Au bar Jessica trainaille à regarder la salle en long, en large et en travers. Cela induit inévitablement qu’elle inspecte les lieux pour s’assurer de se protéger de tout œil curieux lors de son geste macabre (clients et caméras).
– Une fois que le serveur a posé les verres, elle s’agite, on ne voit pas bien ce qu’elle fait mais on devine (noter, on ne voit pas, on « devine ») qu’elle approche le café vietnamien vers elle pour y mettre le cyanure.
– Lors des convulsions de Mirna, Jessica reste calme, presque stoïque. C’est là le signe de son manque d’empathie face à la situation. Plus curieux encore : Jessica est titulaire d’un brevet de secourisme et elle n’a pas tenté de venir en aide à son amie.
Maintenant, vision de la défense :
– L’attitude de Jessica au bar est celle d’une jeune femme qui observe son environnement, un peu dans la lune, elle regarde les gens attablés. Ni plus, ni moins. Aucun repérage édifiant.
– Lorsque les boissons sont arrivées à la table, certes Jessica fait quelques gestes , mais on ne la voit ni prendre une fiole de cyanure, ni verser quoi que ce soit dans le café. Ses mouvements n’indiquent rien de précis, juste une interprétation selon le point de vue qu’on a.
– Jessica n’a pas eu une réaction d’affolement lors de l’incident ? Pour rappel, chacun réagit différemment face à un drame. Peut-être était-elle pétrifiée et incapable de réagir. Cela n’est ni une preuve, ni un crime.
Donc en gros, selon qu’on se situe du côté des gentils ou des méchants, les théories se tiennent. On peut tout interpréter sous l’angle qui nous plait et y trouver des éléments accablants ou absurdes.
Mobile bancal ?
Aaaaaaah, venons-en au mobile tout aussi intéressant. Car sur ce point également c’est pas folichon, folichon.
Yep, j’adore les mots désuets. Et alors ?
L’accusation porte le mobile exclusivement sur le fait que Mirna lui ait suggéré quelques mois plus tôt de quitter son compagnon toxique.
La défense quant à elle n’y voit pas là un mobile tangible pour en arriver à donner la mort à quelqu’un. Et elle n’a sans doute pas tort. En effet, si mobile il y a, il est sans doute bien plus complexe.
Le motif d’un tel acte pourrait être qu’elle avait, depuis un certain temps, le sentiment que tout le monde se retournait contre elle (à raison, on est ok). Elle s’était vue larguée par son compagnon avec injonction d’éloignement, puis virée de son boulot par une patronne dont elle était assez proche. Sans compter ses multiples TS qui n’étaient ni plus ni moins des appels à l’aide peu entendus.
À partir de là, c’est son éviction du mariage de Mirna qui la pousse dans un état de haine incontrôlable. Ajoutée à tout ce qu’elle vient de vivre, le rejet par l’une de ses plus proches amies lui a sans doute donné le sentiment ultime d’avoir été dénigrée aux yeux de tous. Sans compter que Mirna reflète tout ce qu’elle a perdu : la beauté, la sympathie, la réussite professionnelle et personnelle… et un avenir radieux.
Autres faits à son encontre
Si les preuves circonstancielles détenues jusqu’ici sont assez faibles, elle sont cependant complétées par deux autres faits étranges (peu relatés dans les médias) qui enfoncent la culpabilité de Jessica :
– Dès le veille au soir, Jessica a demandé à ses amies ce qu’elles souhaitaient boire au café Olivier. Les filles lui ont répondu qu’elles verraient ça sur place, au lieu de quoi Jessica a insisté sous prétexte que cela lui tenait à cœur de s’en charger. Cette insistance a fait l’objet d’une preuve de préméditation.
– Les affaires qu’elle portait le jour du décès de Mirna ont disparu. Elle a demandé à sa femme de chambre de se débarrasser de son jean pour la raison qu’il était déchiré. Plus étrange, le pantalon n’aurait pas été jeté mais brûlé. Le tee-shit a-t-il subi le même sort ? Pour l’accusation, il est évident que ses vêtements portaient sûrement des traces de cyanures, c’est pourquoi elle les aurait bazardés.
Sourire de façade ?
Seuls les indonésiens, journalistes, juges, avocats, procureurs, témoins et autres participants au procès ont pu véritablement observer l’attitude de Jessica durant ces quelques mois.
Quant à nous, personnes random, nous disposons de quelques photos et extraits vidéos de ses apparitions à la cour.
Et une chose que tout le monde a pu constater avec étonnement : le sourire aux lèvres qu’elle trimballait constamment.
La madame est accusée du meurtre d’un amie proche, elle risque la prison à vie mais elle sourit, encore et encore.
N’y aurait-il pas comme un problème dans l’équation ? Ce comportement détonne complètement avec la gravité de l’affaire.
J’insiste hein : si tu te sais innocent et que tu es représenté par le meilleur avocat criminel de ton pays, le doute sur ton avenir pèse comme une épée de Damoclès au-dessus de ta trogne et ton visage est supposé porter a minima les traces de l’inquiétude, de l’anxiété, de la lassitude, de la fatigue nerveuse.
Bref, ce point était assez cynique pour devoir être abordé ici.
Le verdict
Cyanure ou pas, mobile ou pas, preuves directes ou pas, la sentence pour Jessica tombe le jeudi 27 octobre 2016. Elle est reconnue coupable du meurtre de Mirna Salihin avec préméditation et écope d’une peine de 20 ans de prison.
Si elle échappe à la peine de mort (pratiquée en cas de préméditation) c’est seulement parce le gouvernement australien a accepté que sa police fédérale intervienne dans l’enquête, avec pour garantie que la peine de mort ne soit ni requise ni appliquée dans cette affaire.
Mais ce n’est pas tout. Ce jour là Jessica quitte sa table d’audience avec son indéfectible sourire sur le visage. Pour plus tard déclarer qu’elle juge son procès inéquitable et partial.
Par la suite, elle fait appel deux fois de sa condamnation mais ses demandes sont chaque fois rejetées.
Jusqu’à ce que…
L’après-procès et l’impact médiatique
Jusqu’à ce qu’elle bénéficie le 10 août 2024 d’une libération conditionnelle. Cela moins d’1 an après la sortie du documentaire Netflix « Ice Cold: Murder, Coffee and Jessica Wongso ».
Nan, pas vu, j’ai pas Netflix… Bouuuuuuu !
Beaucoup voient une corrélation entre cette décision de justice et le documentaire, mais à la vérité aucun argument valable valide cette théorie.
Jessica a passé 8 ans derrière les barreaux, même pas la moitié de sa peine initiale. Il est donc légitime de s’interroger sur cette libération conditionnelle utlra précoce.
Il faut savoir qu’en Indonésie, les détenus peuvent bénéficier d’une remise de peine parfois cumulée à une mise en liberté conditionnelle.
Concernant Jessica, qui a eu un comportement exemplaire en prison, sa remise de peine a été calculée à 4,9 ans. Quant à la libération conditionnelle, elle est estimée et déclarée conforme à la loi applicable par l’observateur du droit pénal Masykur Isnan.
Il est à noter que, toujours selon M. Isnan : « il y a encore une exigence supplémentaire, à savoir que la personne concernée doit se présenter au centre correctionnel de classe I East Jakarta-Utah et subira un briefing jusqu’au 27 mars 2032. En cas de violation, cette libération conditionnelle peut être réexaminée pour être révoquée ».
Nombreux sont ceux qui se sont insurgés contre cette décision et réclament de plus amples précisions. Sans retour à l’heure actuelle.
Pour finir, le cas Jessica Wongso est encoire en cours de traitement car elle bénéficie (on ne sait ni pourquoi, ni comment) d’un contrôle judiciaire qui rendra un jugement définitif sur sa culpabilité ou son innocence. Affaire à suivre donc…
L’interview médiatisée de Jessica
Cette interview est la cerise sur le gâteau de cette affaire.
À la suite de la libération conditionnelle de Jessica, la chaîne australienne 7 News Spotlight (spécialisée dans les documentaires de faits divers et interviews de personnes au cœur de sujets d’actualité) l’a choisie pour une entrevue inattendue et exclusive.
Cette longue séquence d’une quarantaine de minutes aurait pu apporter un éclairage différent et novateur au dossier.
Que nenni. Au lieu de cela, le journaliste fait face à une jeune femme au regard fuyant qui n’est en capacité de répondre à aucune de ses questions. Pourtant, on ne peut pas douter du fait qu’elle ait été préparée par des professionnels pour cet interview. Entre ses bégaiements, puis les « c’est comme ça » ou encore les « je n’ai pas le droit de répondre à cette question », sans compter l’étonnant et faux « Mirna et moi n’étions pas si proches », ce face à face n’apporte rien de plus à tout ce battage médiatique. Du vent.
Ce n’est pas une véritable surprise, elle n’allait pas crier au monde « Oui, c’est moi qui l’ai tuée ! ».
Toutefois, son attitude immature et peu franche finit de convaincre ce que beaucoup pensent au fond d’eux-mêmes.
Moi la première.
Conclusion
Si tu es issu.e d’une famille riche et influente et que tu souhaites commettre un meurtre choisis l’Indonésie !
Non, plus sérieusement, cette affaire fait péter les plombs, mais elle est malgré tout passionnante.
Pas par la teneur du crime ni le mobile, mais par le manque d’indices directs.
Parce que même si ce ne sont que des preuves circonstancielles, tout converge vers elle. Et dans une autre mesure, nous sommes conscients que rien ne l’accuse de façon catégorique.
Dans cette affaire, c’est à chacun de prendre son parti avec les éléments qui ont été exposés lors de son procès.
La justice indonésienne a tranché en 2016. Et aujourd’hui, en 2025, nous ne sommes pas à l’abri qu’elle revienne très prochainement sur ses positions.
Quant à l’avenir de Jessica, il s’annonce plutôt florissant, puisqu’avant même d’avoir fait ses preuves comme influenceuse sur les réseaux sociaux, plusieurs marques lui ont déjà proposé des contrats qui ne manqueront pas de lui permettre de conserver un niveau de vie royal.
Mais non ? Bah si…
Sources
- Death by Iced Coffee, The Poisoning of Mirna Salihin, Nikki Young, 12 avril 2023, medium.com.
- We’re not in the business of assassination, Olivier manager tells judge, Callistasia Anggun Wijaya, 27 juillet 2016, The Jakarta Post.
- Cyanide coffee death: Jessica Wongso found guilty of Mirna Salihin’s murder, Indonesia bureau chief Samantha Hawley and Mandie Sami wires, 27 octobre 2016, abc.net.au.
- Jessica Wongso murder trial: ‘No evidence of cyanide’, Australian experts tell Indonesian court, Samantha Hawley, 22 septembre 2016, abc.net.au.
- Jessica Wongso: Defendant ‘cannot remember’ details of alleged cyanide coffee murder, Samantha Hawley, 28 septembre 2016, abc.net.au.
- Alleged cyanide killer has mental health problems, AFP report reveals, Adam Harvey, 8 août 2016, abc.net.au.
- Lawyers insist on involvement of husband and barista, Agnes Anya et Callistasia Anggun Wijaya, 29 juillet 2016, The Jakarta Post.
- Doctrine of causality and proof of criminal actions in the Jessica Wongso cyanide coffee cas, Zaeni Aji Bakhtiar, janvier 2024, researchgate.net.
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- Impossible Mirna died from cyanide poisoning: UI pathologist, Callistasia Anggun Wijaya, 7 septembre 2016, The Jakarta Post.
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